Au sommet des coteaux de Meudon, une maison sur pilotis domine l’horizon parisien. Son jardin terrassé en hauteur est laissé ensauvagé, son terrain de tennis est à l’abandon. La commande est libre et curieuse des propositions que nous pourrions faire, carte blanche aux jeunes diplômés que nous sommes.
L’envie de constituer une terrasse en dur dans cette étendue de gravillons enherbée est principale, l’idée de redonner de l’ordre dans ces pentes laissées en friche paraît évidente.
Un autre aspect est primordial : il faut élaguer l’entièreté des arbres présents au-dessus de l’avenue en contrebas pour éviter les chutes récurrentes d’arbres et de branches. La plupart de ces arbres menaçants sont une espèce pionnière très intéressante et durable en aménagement extérieur : le robinier faux-acacia. Cette intervention de nécessité va donc produire la ressource principale du projet, le bois d’acacia.
Tous sensibles à cette notion de réemploi et à la dimension artistique de l’ouvrage, nous esquissons une terrasse en bois debout (ou bois de bout), 40m2 seront implantés en forme de triangle isocèle aux angles arrondis, pointant le centre de Paris et le Sacré-Coeur. Cette terrasse sera constituée de pavés en rondins d’acacia de 13 cm d’épaisseur, posés sur sable et cerclée par une volige métallique, le tout à fleur du terrain existant, joints sable.
Par ailleurs trois jardins contrastés ont été imaginés sur le talus. Le plus haut et le plus ensoleillé est une restanque méditerranéenne retenue par un mur en pierres cueillis sur site. Les pierres de fondations sont d’imposantes molasses calcaires extraites du pied de la falaise présente sur site. Par dessus pierres de meulières et pierres de tailles trouvés dispersées sur le terrain sont maçonnées de la plus grande à la plus petite. Cette restanque est ensuite comblée avec la grave décaissées pour la terrasse en bois debout. Ainsi un jardin sec au substrat léger et calcaire est composé, de plantes méditerranéennes aromatiques et fleuris. En dessous, un potager en terrasse est édifié grâce à des pieux en acacias juxtaposés. Il sera comblé par le décaissé de surface de la terrasse en bois debout, des gravillons mélangés à une importante quantité de matière organique récoltée et générée sur site. Ce potager/verger est composé de petits fruitiers, de grandes vivaces potagères, de petites aromatiques et de cultures annuelles. De l’autre coté, un bosquet ombragé est formé, finalement maintenu par le tronc entier d’un frêne abattu. Il est planté d’arbustes et vivaces fleuris ainsi que de quelques grands fruitiers sauvages de sous-bois : néflier, noisetier, aubépine. La clôture du terrain de tennis abandonné, qui croulait sous les plantes grimpantes a été transformée en palissade de vignes et rosiers. Enfin 5 fruitiers ont été plantés et répartis dans les différents jardins : un cerisier, un poirier, un pommier, un figuier et un prunier.
Les seuls matériaux apportés sur ce projet auront été quelques dalles d’ardoises, qui permettent de gravir le talus et d’accéder aux plantations. Ces dalles ont été posées sur sable, et les marches construites avec les même matériaux que les murets.
Le chantier s’est organisé en plusieurs phases. Une première phase d’estimation, d’abattage, de trie, de débit et de stockage du bois d’acacia s’est déroulé durant l’automne. Ensuite, les plantations d’arbres et arbustes et la construction des soutènements ont été réalisés pendant l’hivers. Puis au printemps, une fois le bois suffisamment sec pour être poncé, les mouvements de matières et la pose de la terrasse ont été accomplis. S’en suit quelques plantations de vivaces, annuelles potagères et travaux de finitions, jusqu’au suivi et à l’entretien durant les premières années.