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On récolte ce que l’on sème

Contexte

Pour l’édition 2020 du festival international des jardins de Chaumont-sur-loire, autour du thème « les jardins de la terre, retour à la terre mère », notre équipe composée de trois jeunes paysagistes concepteurs imagine un jardin sauvage et évolutif. Au beau milieu d’une monoculture désolée, une source de nature fertile et vivante jaillit, et se propage.

Concept

Une ode à la biodiversité

Ce jardin a été conçu pour opposer la terre labourée par l’homme à la nature sauvage, mais aussi et surtout pour les réconcilier.
Entourée d’un champ de graminées, la source se démarque par sa profusion végétale et sa diversité, elle cherche à isoler le visiteur dans une niche de biodiversité. Celle-ci est rustique et indigène : composée d’arbres et d’arbustes fruitiers, ainsi que d’herbes utiles. Cette diversité se concentre au cœur du jardin, et se propage en dehors, avec l’aide des visiteurs.

Un jardin interactif et évolutif

Au creux de la source, l’eau surgit, ainsi que la semence du jardin : une pâte à graines munie de bâtons rouges. Saisi de cette essence de vie, le visiteur quitte la source, et emprunte le chemin de son choix, puisse-t-il être périlleux, pour aller semer sa récolte.

Une terre de réconciliation grandit alors entre les rangs de graminées où annuelles, bisannuelles, lianes, arbres et arbustes se succèdent au fur et à mesure des saisons. Ce jardin propose alors plusieurs types de cheminements, de plus en plus informels, qui incitent le promeneur à sortir des sentiers battus.

Un jardin engagé, qui questionne notre rapport à la terre
Nous avons conçu ce jardin dans l’optique de confronter les visiteurs aux méthodes de production d’aujourd’hui et d’esquisser celles de demain. Aujourd’hui, par le fait d’une agriculture intensive, la terre est appauvrie; demain, grâce à la source de nature, la terre redevient vivante et prolifique.

Face au changement climatique, à la perte vertigineuse de biodiversité sur nos territoires, à l’utilisation de plus en plus décriée des pesticides, à la demande de produits locaux et sains, ce jardin cristallise les enjeux d’une transition qui s’esquisse encore trop timidement, de la terre objet à la terre vivante : réintroduisons la nature et ses bienfaits dans nos champs.

Un conte original :

L’Homme errait dans un vaste paysage agricole ocre entre plaines et vallons. Il avait depuis longtemps délaissé son potager pour une large culture de blé homogène. « Cette culture est sans faille ! », se disait-il. En effet, pas la moindre mauvaise herbe sur cette terre nue et désolée qu’il nourrissait à grands coups de phosphate et d’azote. « Quelle culture simple et efficace ! »
Cependant le doux chant des oiseaux et des grillons se fit de moins en moins entendre, les vers de terre avaient abandonné leur labeur et son blé se fit de plus en plus rare… Et, l’homme tenait le responsable de sa misère : une île de nature indomptée dans son champ si net. En effet, dans un creux, un bout de nature lui tenait tête et c’était son principal ennemi. Presque impénétrable, dense et luxuriante, cette oasis de nature bourdonnait du son de ses abeilles et de ses oiseaux ; elle défiait l’homme. Chaque fois qu’il la traversait, une brume épaisse s’en dégageait et il croyait y voir des graines, ces mêmes graines qui allaient pousser entre ses rangs de blé, ces « invasives ».
Il n’avait jamais pu arriver à vaincre cet endroit sauvage et il avait maintenant la conviction qu’un esprit protégeait ce lieu.
Et sa terre était toujours aussi sèche et ses rangs, pourtant, n’avaient plus de concurrents. “C’est le monde à l’envers! se disait-il. J’ai fâché ma Terre ! Se sentant exclu, il n’eut plus qu’un rêve : se réconcilier avec elle. Chaque jour, il venait au sein de cette oasis et ramassait des graines. Chaque jour, il se rapprochait du cœur de la nature. Lorsqu’il l’eut atteint, il vit un brin d’arbre mal en point, à l’écorce rouge. Il s’alarma : si ce bout de branche était l’essence même de la nature, il fallait le sauver. Il prit soin de ce bout de nature et amassa graines et boutures.
Repoussé par les siens, il s’enquit de répandre la nature par lui-même. Chaque nuit, il sortait de ce temple de nature et plantait la bouture à l’écorce rouge pour y voir germer de nouvelles plantes grimpantes, vivaces, hautes et basses à travers son champ.
La Terre mère avait délivré son message et avait fait de cet homme son messager afin qu’il puisse à son tour embrasser sa terre. Ce dernier est devenu si célèbre que les autres hommes du pays accouraient afin d’explorer et d’admirer sa nouvelle terre. Car comme elle était devenue riche ! Si riche que des blés d’or de toutes sortes y germaient !
Ainsi, les hommes venaient, prenaient le cadeau de la Terre mère et le semaient chez eux aux quatre coins du monde pour venir à leur tour recoloniser la terre de ses fruits.

 

Ce jardin a reçu le prix du jardin transposable.

Où ? Festival international de Chaumont-sur-Loire, 41150

Quand ? 2020

Catégorie : Installation scénographique

 

Collaborateurs :

Conception et réalisation avec Emma Morillon (paysagiste DEP) et Philippe Allignet (paysagiste designer)

Réalisation avec Germain Lainard (paysagiste DEP), Adrien Cambois (paysagiste DEP), Louis Godart (paysagiste et menuisier), et les équipes de Chaumont-sur-Loire.

 

Fournisseurs :

Pépinières Ripoche : sponsor de toute la palette végétale

Jean-Jacques De Smet : fournisseur de châtaignier et d’osier.